Société marchande et pornographie

Les articles tels que celui-ci abondent sur les réseaux sociaux. Sous prétexte de protéger les enfants ou les femmes des dérives de notre société marchande (ce qui est très louable), les auteur(e)s mènent un combat contre la pornographie. Ces articles, de par la méconnaissance qu’ils affichent de la pornographie mais aussi de par la lecture erronée qu’ils font des causes en lien avec la “culture du viol” nuisent fortement à la lutte qu’ils prétendent mener en se trompant de cible.

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Sexualité sacrée, avec ou sans accessoires

Avant d’analyser plus en détail les propos de l’article, j’aimerais clarifier des confusions souvent présente dans ce type d’ouvrages. Non, les sex-toys, les foulards et autres accessoires de jeu ne viennent pas du porno, c’est une pratique sexuelle comme une autre avec de longues traditions, idem pour la sodomie, la fellation, les jeux de rôles (BDSM), etc. À croire que le but inavoué des auteur(e)s n’est pas de lutter contre la “culture du viol” mais l’instauration d’une sexualité animale sans créativité et exclusivement reproductrice.

Les auteur(e)s prennent la pornographie pour une cause alors que ce n’est qu’un symptôme parmi d’autres des valeurs profondes de notre société. Dans une société marchande, pourquoi s’étonner que la pornographie reflète cette valeur ? S’attaquer à ce groupe hyper marginal (les gens dans l’industrie pornographie) en prétendant qu’ils sont à l’origine d’une vision marchande du monde, c’est utiliser une minorité comme bouc-émissaires. Ça reste dans la logique de ce que l’on prétend combattre.

La société marchande, ça commence dès qu’on considère qu’on peut assoir la valeur de nos vies sur plus faible que soi. Dans cette logique “verticale”, la satisfaction existentielle passe par l’existence de maillons inférieurs dans la chaîne des soumissions (des moins bien payés, des avec de moins bonnes notes, des plus souffrant, etc). Le commun des gens soumettent les animaux en festivals de grillades estivales. L’animal est leur inférieur le week-end et en vacances. Les patrons soumettent les employés. Parmi les employés, celui qui gagne plus se sent au-dessus de celui qui gagne moins. Les hommes soumettent les femmes, etc, etc.

En acceptant cette logique du pire, on doit tous commencer, à notre niveau, par créer une coupure avec notre empathie. On se coupe pour manger du veau. On se coupe pour se forcer à faire des boulots qu’on aime pas. On se coupe pour forcer des employés à travailler plus. Et on se coupe pour supporter cette misère.

Alors si on veut une société qui valorise les plus vulnérables (les enfants par exemple) en évitant de les inciter à se mettre en péril en s’hypersexualisant, commençons par montrer la douceur et le soin que nous prenons à nous occuper des vulnérables (personnes âgées ou malades, animaux, enfants). Utilisons l’école pour le développement des enfants, pas pour en faire des “employables” avec compétences certifiées. Refusons de nous couper de nous-mêmes et d’agir loin de nos valeurs profondes. On aura alors la sexualité et la pornographie qu’on mérite. Et les enfants auront appris à refuser d’être des maillons inférieurs en s’affichant comme consommables.

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Empathie pour tous

C’est donc contre la société marchande et sa logique de soumissions qu’il faut lutter, en laissant les gens gérer en paix leurs désirs et toutes les activités librement consenties qui ne regardent qu’eux. Vouloir “normer” les comportements intimes des gens (ce qu’ils regardent, ce qu’ils font) n’est qu’une violence de plus, ça ne résout rien.

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Entrepreneure, musicienne, codeuse, détails sur lilybucher.com

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