Le contraste halluciné de deux rapports à la vie.

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La virilité poétique des arbres

Ce billet me vient du choc de deux sentiments contradictoires. Il y a d’un côté ce moment d’observation émerveillé·e à regarder les bourgeons et les arbres gonflés de sève et d’autre part par la lecture d’un article sur pornhub et la culture du viol (lien vers l’article en fin de ce message).

D’un côté la beauté mystérieuse de feuilles qui émergent du bois, la puissance délicate de structures poilues et mathématiques, le sentiment érectile de branches bandées par la vie qui reprend après l’hiver, un récit de joie.

De l’autre la constructions masculine de haine en streaming, de jouissance par la destruction et la désacralisation de tout, du corps, de l’autre, du beau.

D’un côté une nature où tout danse pour tenir sa place, ici un arbre qui se tient à la lisière d’un autre, là une fleur entre trois brins d’herbe encore aplatis par le poids récent de la neige.

De l’autre une masculinité d’une tristesse abyssale, le signe d’une surdité absolue à la beauté de femmes mal-traitées.

Mais de quoi avons-nous peur pour avoir tant besoin de nier la beauté ? Sommes-nous si faibles qu’il nous faille en boucle jouer de notre sève en regardant des mêmes que nous dominer, insulter et dégrader l’autre, l’autre genre, l’autre couleur de peau, l’autre âge ? D’où nous vient cette haine ?

Il y a bien sûr le récit constamment fait de notre faiblesse, toutes ces choses que notre culture tolère aux membres de notre genre mais pas à celui de cet autre genre, les femmes, celles qui peuvent se tenir, celles qui peuvent être empathiques, celles qui peuvent le respect et l’altruisme, celles qui peuvent écouter.

Tous ces arrangements faits en notre faveur qui sont autant de signes que nous sommes faibles ou victimes.

En effet, pourquoi serait-on privilégiés sinon parce que nous en avons besoin puisque faibles ? Ou alors le monde nous doit quelque chose et il existe une sorte de dette cachée et inexplicable envers notre genre ?

Oui. La manière la plus facile de tolérer les privilèges dont nous sommes affublés consiste à adhérer à ce récit de faiblesse ou de victime. Et comme l’idée de faiblesse déplaît et que le statut de victime donne droit à la colère, le choix est vite fait.

Les hommes sont en colère parce qu’ils s’imaginent victimes, seule explication possible à leur statut délirant d’enfant turbulent sans limites. Et tant que dure la passivité du monde face à nos errements, cela nous conforte dans notre illusion de victime.

Alors je regarde cette masculinité et je la compare à la puissance des arbres qui tendent leurs branches vers le ciel, qui préparent leur parure de feuilles, les arbres qui fabriquent du bois pour explorer l’espace, passant avec grâce entre et autour d’autres branches, arbres qui se tiennent parfois, immenses, comme les témoins d’un autre temps, un temps lent et puissant.

Et je me dis qu’il est vraiment temps qu’on arrête avec cette masculinité de la machine, de l’aveuglement et de la violence.

On vaut mieux que ça, on peut mieux que ça.

Devenons comme les arbres qui écoutent les oiseaux.

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Douce puissance des bourgeons

❤️

Voilà. J’espère qu’un jour on jugera pornhub et consorts pour incitation à la maltraitance comme on juge aujourd’hui les écrivains qui incitaient à la pédocriminalité. Et j’espère qu’on le fera vite.

Le geste débile de pornhub qui donne un accès gratuit à la violence (le porno payant, d’habitude, c’est le porno plus violent):

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Entrepreneure, musicienne, codeuse, détails sur lilybucher.com

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