Être homme-femme, joies et complications

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Ida et Pingala

Je suis un homme cis hétérosexuel et une femme trans lesbienne dans un corps d’homme. Je suis très rarement les deux à la fois et ne sais jamais quand ni pourquoi l’un prend le dessus.

Pendant des années, en gros de la puberté à la fin de ma trentaine, j’ai occulté la femme en moi en la rejetant de toute ma force et en amplifiant ma masculinité autant que je pouvais (voir devenir un oiseau tropical).

Depuis quelque temps, j’accepte mieux d’être femme et je commence à me familiariser avec mon corps féminin “fantôme”. Du coup mes oscillations de genre deviennent plus fortes et je me découvre femme trans doutant de la réalité de cet homme cis, comme un souvenir lointain. Et puis je reviens à l’homme sous testostérone et je me dis que j’ai rêvé, qu’il n’y a pas de femme trans ici.

Avant d’exprimer les difficultés que je ressens face à cette incongruité de genre, j’aimerais un peu éclairer les beautés que j’y trouve.

Cela fait plusieurs jours que je suis femme dans mon cœur alors qu’auparavant, ça ne durait que quelques heures ou alors c’était très léger, comme un trouble lointain.

Lorsque je marche dans la rue, je vois les femmes beaucoup moins avec le désir sexuel qui m’habite en tant qu’homme, mais avec un mélange d’envie et de nostalgie pour des détails comme un mouvement de hanche, une rondeur. Je regarde les hommes et ils me semblent très loin, étranges, irréels.

Au niveau de ma présence au monde en jeune fille (de 195 cm 😜), mon corps est plus lent et je vis plein de gestes simples (ouvrir une porte, ranger des clés, mettre une chaussure) comme de la danse. J’en apprécie les détails, la saveur. Et du coup je ne me cogne plus la tête partout, je sais où sont mes affaires. Je ressens mes hanches beaucoup plus, leurs mouvements, leur position.

Ça peut paraitre un cliché mais quand je passe une journée plus en fille à la maison, sans vraiment faire d’efforts, je sais quel geste faire pour créer un espace bienveillant, rangé, joyeux. Je me sens plus liée à l’espace autour de moi comme je me sens plus liée à mon corps. Quand je suis en homme, je dois batailler pour éviter de transformer la maison en squat d’adolescent.

Dernièrement, on jouais à se battre avec mon fils (17 ans) sur le trampoline et j’ai pas pu. Je me suis sentie très vite submergée par sa force, par sa combativité. Ça m’a rendue triste, comme si j’avais complètement perdu l’homme en moi.

Sexuellement, mon énergie est beaucoup plus douce et passive. Je n’ai plus du tout accès au mâle dominant. Si j’essaye en rejouant un script que je connais, ça ne marche pas, mon cœur n’y est pas. Au niveau des sensations en lien avec mon pénis, lorsque je m’abandonne vraiment, je les ressens comme provenant de lèvres et d’un vagin. C’est une sensation assez incroyable qui ne peut venir que grace à l’amour et l’ouverture d’esprit de ma compagne.

J’ai un besoin phénoménal de tendresse et de douceur. Je rêve de watsu (water-shiatsu), de bains thermaux, de laver et d’être lavée doucement.

Lorsque je fais du yoga, je découvre des ajustements très fins au niveau des hanches. J’ai envie d’ouvrir mon bassin.

Et puis je redeviens homme et j’ai besoin d’aller courir dans la montagne. J’ai trouvé une manière de courir avec des bâtons et je me sens comme un animal. En homme, j’ai moins d’empathie et je me sens facilement jaloux, insécure, isolé. Par contre, je me sens ambitieux avec plein d’énergie pour travailler et dépasser les difficultés. Quand je travail, j’ai souvent froid. La journée, j’ai envie de sucre, je pourrais presque redevenir carnivore aussi. J’ai tout le temps faim. La nuit, je transpire beaucoup, ce qui m’arrive pas en femme il me semble.

Au début, je me suis dit que j’étais peut-être ni l’un ni l’autre et que je devais pas essayer d’assigner des étiquettes à mes moments de vie mais je réalise qu’il y a de vraies différences tangibles et qu’elles sont polarisées. Ma vie change vraiment de manière importante selon où je suis sur ce spectre masculin-féminin.

Tout ça est encore assez confus et neuf pour moi mais je vais essayer de résumer les différences:

Gaspard

  • Corps: sportif compulsif, transpire la nuit, vite froid, aime avoir un peu de barbe, un peu désincarné (se cogne, ne gère pas bien le lieu de vie).
  • Alimentation: mange plus, envies de sucre, aurait presque envie de manger de la violence (viande).
  • Émotionnel: insécure, besoin de reconnaissance, jaloux, possessif, plaintif, plus de difficulté à entrer dans le monde du bébé.
  • Sexualité: envie de se sentir désiré, plus égocentrique, sexualité plus “creuse” et moins satisfaisante.
  • Soi: ambitieux, ne croit pas que Lily existe.

Lily (Gaspard en femme)

  • Corps: adore les étirements, le yoga, la danse, aime courir aussi, ne transpire pas la nuit (il me semble), ne supporte pas la barbe (pas bien pour les bisous au bébé), corps plus présent, facilité à être présente sur le lieu de vie.
  • Alimentation: mange moins, sensible au “cri de la carotte”, gratitude.
  • Émotionnel: plus en lien, plus d’empathie joyeuse, parfois submergée par la puissance des émotions et la beauté du monde, relation magnifique avec le bébé.
  • Sexualité: tactile, jouissance du corps entier, plus touchée (capable de recevoir).
  • Soi: confiante, envie d’être dans le flow, ne comprend pas Gaspard, qu’elle voit comme un résidu immature.

Jusqu’à très récemment, je me sentais un peu seul.e avec ce vécu. Je me disais que j’hallucinais, que j’étais soit beaucoup plus trans que je le croyais soit beaucoup moins. Et puis je suis tombé sur cet article:

http://www.medical-hypotheses.com/article/S0306-9877(12)00062-X/fulltext

Il peut être téléchargé en pdf sur sci-hub (coller le lien là-bas).

Cet article parle de personnes au genre double qui alternent ! Tout à coup, je me sentais moins seul.e. Il y a d’autres personnes comme moi, je n’hallucine pas. De l’extérieur, ces alternances peuvent paraître intéressantes ou souhaitables mais c’est très déstabilisant et je préférerais de loin être stable et pouvoir me construire depuis là. Dernièrement, je suis tombé sur ce podcast qui parle aussi de tout ça:

Dans la tradition du yoga, deux serpents s’enroulent autour de la colonne vertébrale: Ida et Pingala, le féminin et le masculin, le “cerveau droit” et “gauche”. Ces deux serpents se rejoignent dans les narines gauche et droite et selon la dominance de l’un ou de l’autre, la cavité nasale s’ouvre ou se ferme. À l’équilibre posé au bas du nez, là où les narines se rejoignent, on trouve Sushumna, l’androgyne, l’équilibre. Un endroit souhaitable pour la méditation mais peu adapté à la vie puisque sans moteur (motif à motivation).

Pendant un certain temps, je me suis dit que je pourrais atteindre un endroit paisible où je suis “ensemble”. Mais ces moments sont très rares et n’apparaissent qu’en situation de repos.

Je crois qu’il faut que je m’habitue à ces deux présences au monde, en profitant d’apprendre et d’aimer avec la couleur du moment.

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Un barbu en mode fille, une nouvelle née toute vieille

❤️

Written by

Entrepreneure, musicienne, codeuse, détails sur lilybucher.com

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