L’impasse absolue de la violence

Le chant des femmes, des hommes et des oiseaux sera toujours plus puissant que le bruit des armes.

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Notre monde souffre. Les écosystèmes s’effondrent. Les espèces disparaissent. Les territoires pour la vie sauvage, les plantes et toutes l’expression de la biodiversité sont tellement réduits que littéralement, la vie se meurt.

Dans cette crise, il y a trois violences qui se présentent à nous:

Tout d’abord, il y a la violence de celles et ceux qui pensent que nous pouvons prendre notre temps, continuer encore un moment en ignorant les crises alimentaires, les espèces qui périssent, les sécheresses, la violence des océans trop chauds, etc. C’est la violence de celles et ceux qui n’écoutent pas.

Cette violence est en général celle des personnes encore épargnées par la crise. Derrière la bien-pensance des solutions “posées” et des phrases sur la “complexité du problème”, il y a la rage d’un sentiment de victime (kuoda) qui dit très fort “j’ai droit à !”.

Il y a ensuite la violence terrifiante d’un effondrement. Les famines, les migrations climatiques et les guerres pour s’accaparer le reste des ressources disponibles (les murs déjà là pour cette éventualité).

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Un monde avec des murs

Il s’agit ici des violences liées à la lutte des un.e.s contre les autres. Des espèces entre elles, des peuples entre eux.

Et finalement, la violence insidieuses de celles et ceux qui pensent qu’une révolution pourrait accélérer les choses et nous permettre de préserver la vie. Cette violence commence à poindre même chez des personnalités pacifiques par des phrases sibyllines du genre “il va peut être falloir passer aux choses sérieuses, non ?” ou chez des militants d’XR qui disent, dans le chaud d’une manif, “qui vous a dit que j’étais pacifiste (haha) ?” voire même la violence du “ta gueule” que représente “OK Boomer”. Certes il y a eu des errements, il y a des surdités mais personne ne s’est jamais ouvert.e à l’autre en se sentant attaqué.e, infantilisé.e ou dénigré.e.

La violence dont on parle ici, c’est celle des personnes qui aimeraient avoir le pouvoir des nantis. Derrière la bienséance de “sauver le monde” on retrouve la même tentation de pouvoir que ce qui prétend être combattu, la même envie d’être calife à la place du calife, sous-chef à la place du sous-chef, la même envie de surdité.

On peut aimer la violence, l’idée de prendre le fusil et courir dans la montagne le cœur battant pour défendre une noble cause. Le sentiment de liberté, vivre au jour le jour, ne pas savoir de quoi demain sera fait, agir sans hésiter, sans dilemmes, porté.e.s par le sentiment d’importance de notre mission. On peut aimer l’absence de patron immédiat, de comptes à rendre, se servir où l’on passe, abuser un peu pour la noble cause, violer par-ci par-là pour “le repos du guerrier”, laisser un peu sortir toute cette rage, se venger de la mort d’un ami en coupant ceci ou cela, frapper pour donner des leçons, brûler et détruire pour punir, diriger le feu, diriger le feu, donner la mort, donner la mort.

Il n’y a pas de guerre juste, il n’y a pas de violence légitime. Lorsque l’humain lâche la dignité qui consiste à considérer la vie et le corps d’autrui comme sacrés, il ne reste que la brutalité.

Si on regarde le rêve de violence en face, au fond, c’est un rêve de liberté déguisé, pas une envie de massacre. Un rêve dépourvu la confiance que nous sommes assez puissant.e.s pour avancer sans la détonation des armes. Essayons de voir les envies de violence comme des envies de défendre l’espace du vivre ensemble, défendre la danse qui se partage et s’enchante de la liberté des autres.

Danser seul au milieu des ruines peut sembler drôle cinq minutes, mais c’est d’une tristesse absolue comparé à des années de vie ensemble à tout imaginer, réinventer et découvrir.

Le monde souhaité

J’ai quatre enfants que j’adore. Chacun et chacune, selon son âge et son regard sur le monde est unique, précieux, magique. Je sens en eux un élan curieux, émerveillé mais aussi parfois de l’inquiétude face au monde qu’on leur destine.

Je ne veux pas abandonner ce monde aux brutes. Je ne veux pas que mes enfants vivent dans la peur de l’humain que ce dernier soit nanti et militarisé ou révolutionnaire et armé. Je ne veux pas non plus que mes enfants vivent dans la violence d’un monde qui s’effondre.

Alors qu’ai-je à leur offrir ?

Je crois qu’il existe une force qui va bien au-delà de nos éternelles guerres, de nos éternelles croisades où la fin justifie les moyens. Le chemin qui m’intéresse, c’est celui où on réalise qu’il n’y a pas de paix sans un monde commun et que ce dernier est à inventer.

Il nous faudra beaucoup de créativité pour inventer un monde partagé avec les autres espèces et l’ensemble du vivant. Un monde où nous aurons appris à écouter et aimer la danse de chacun.e et où nous aménagerons les espaces pour laisser l’autre exprimer sa singularité, son étrangeté, sa différence. Écouter la femme, le vieux, le loup, l’enfant, le poisson, le corail, la forêt, toi, moi.

Apprendre à écouter, ça demande d’arrêter d’hurler.

La police crie, les manifestant.e.s crient. Parfois, un peu à l’écart, ce petit monde s’écoute parmi.

Il faisait très chaud sous un soleil de plomb, je suais dans mon t-shirt en tenant ma pancarte “non au cuicui cuit”. Un policier sur sa moto avec sa grosse veste et ses bottes me regarde et me dit:

Ça vaut aussi pour les poulets ?

C’est ça le monde dont je rêve: un monde où on peut encore rire ensemble.

Aupa !

❤️

Written by

Entrepreneure, musicienne, codeuse, détails sur lilybucher.com

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