Le petit garçon et la femme puissante

Comment rester debout quand une femme nous montre sa puissance (sexuelle).

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Parvati… sur un tigre

Depuis quelques temps, je réalise que dès qu’une femme se réapproprie sa puissance dans l’espace sexuel, je me désintègre, perte de désir, sentiment d’impuissance, d’obscénité voire de régression. En bref, je passe d’homme à petit garçon effrayé, mon érection retombe et c’est la fin parce que les préservatifs ne tiennent pas dans cette situation. Sans protection, peut-être que la vague ne prendrait pas de telles ampleurs, me laissant le temps de vite adapter un truc mais là, c’est la dégringolade et c’est pas terrible 😅.

Je connais mes mécanismes pour “rester debout” et ils touchent tous à la reprise du contrôle d’une manière ou d’une autre et à une sorte de distance: remplacer la femme puissante ci-présente par une image moins menaçante dans mon esprit (une fille plus faible et innocente, malléable) ou m’imaginer que je la possède ou que c’est pas moi qui suis ici mais un autre (ou un groupe d’autres), etc. Ou alors reprendre le contrôle physiquement avec une position moins passive, plus dominante, possessive je pense. En gros, il s’agit de fuir ce moment et ce qui s’y passe pour revenir à du connu, des lieux où je me sens plus à l’aise en tant qu’homme.

Et puis j’ai exploré le lien à cette puissance sous MDMA (1/4 d’exta) et du THC (de l’herbe). En ce moment, il me suffit de peu pour que tout devienne énorme, le monde se décompose en archétypes fractals, la femme en face de moi devient tous les âges, toutes les amantes puis l’archétype même de l’autre et finalement on est la même entité avec les mêmes érections, la même humidité, le même désir de dureté et d’intimité. Étrange, puissant et un peu effrayant.

Mais au-delà de l’enseignement psychédélique, cet état m’a aussi montré comment me tenir pour ne pas partir en sucette ou du moins tenter quelque chose d’autre que la fuite.

Une femme puissante invoque la totalité de son être ici, son cœur, son désir, son corps, sa joie, sa rage, son animalité, sa spiritualité, son histoire, ses espoirs et puis parfois même son universalité, sa divinité. On se retrouve confronté à un être vaste, complexe et dansant. Un peu comme Parvati avec ses nombreux bras qui annoncent tout ce qu’elle porte en elle.

Face à une reine ou déesse aux multiples dimensions, on ne peut pas juste rester cet humain mondain rempli d’images banales du monde et des femmes. Si on reste ce gars avec son bassin tout petit face à un cul énorme et vibrant, on prend peur de s’y noyer, s’y dissoudre, s’y perdre. La même chose se produit avec l’intensité de la tendresse ou de tout autre partie de ce chant sexuel. C’est grand et impressionnant et ça réclame plus que de simplement “faire le gars”.

Cette fois, j’avais pas envie de tout tenir en cage pour faire semblant d’être puissant par le contrôle ni envie de fuir et j’ai essayé quelque chose de différent: faire la même respiration de soi et devenir entier en même temps que ma partenaire le devenait, me connecter à mon cœur, ma joie, mon enfant, ma vieillesse source de gratitude, mes rêves et sensations, ma divinité aussi finalement (parce que pourquoi ne pas en profiter pour se sentir comme des déesses et des dieux ?).

Ça a fait des vagues, le sac et ressac de ma présence, l’oubli de soi d’un côté et la crainte d’impuissance de l’autre. Puis, petit à petit j’ai vu c’était possible et que tout allait bien alors ma peur s’est un peu calmée et on a pu se tenir de mieux en mieux dans cette sensation de vérité à deux.

Devenir entier comme ça et se montrer l’un.e à l’autre, c’est émouvant, puissant, troublant. Rien ne se passe comme “convenu” ou comme “prévu”. Ni les sensations, ni les émotions. Accepter que c’est bien, en faire une fête et confier le reste au mystère, c’est une forme d’humilité très particulière.

Augu

Oser voir et être vu.e…

❤️

En laissant un peu reposer cette expérience, je réalise que j’ai envie d’ajouter un petit mot sur le “petit garçon” suite à un témoignage d’une femme qui travaille dans une crèche et qui disait que contre sa volonté, elle applique deux normes différentes pour les garçons et les filles en lien avec le respect des autres et la paix du groupe. Elle disait que si elle appliquait la même exigence d’empathie et de respect aux garçons que ce qu’elle demande aux filles, elle serait sans arrêt en train d’intervenir et que par dépit (et épuisement), elle tolère plus chez les garçons que chez les filles.

Ce constat raconte une chose très simple: depuis tout petits, les garçons sont vus comme faibles et on doit donc tolérer plus parce qu’ils “ne peuvent pas faire autrement”. Et ce réflexe se propage dans tout la vie et finit par toucher des problèmes aussi conséquents que le salaire, le consentement et pour terminer l’attitude au lit.

Non, nous, hommes, ne sommes pas faibles ni victimes. Tous les enfants méritent d’être aimés pareils, avec la même confiance dans leur force. Tolérer l’intolérable chez un enfant, ne pas le guider en laissant faire, c’est lui dire “tu es trop faible pour tenir tes émotions en place et on va arranger le monde pour toi”.

Moi, j’aime la force que je ressens quand je suis digne comme une fille, quand je ne suis pas “un pauvre chéri” et j’aimerais bien qu’on sorte de cette vision des hommes faibles qui expriment une caricature de force en criant et semant le chaos.

Un homme fort écoute et se gère, comme une femme. On a les mêmes forces.

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Entrepreneure, musicienne, codeuse, détails sur lilybucher.com

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