L’étrange relation entre les petites voix et la vie comme une danse

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Les détails parlent, aquarelle originale, 2019

J’aimerais vous présenter deux mots qui tous deux signifient attention.

Tout d’abord, il y a le mot gao (esprit-projeté) qui signifie porter son attention. On peut voir ceci comme l’expression de la volonté, c’est un choix. On choisit de faire attention à l’une ou à l’autre des manifestations présentes à notre conscience. On peut voir la “pensée positive” comme un exercice de discipline autour de gao.

Parfois j’ai l’impression que la méditation en occident n’a plus grand chose à voir avec gai (esprit-caressé, conscience) mais que c’est devenu des jeux mentaux autour de gao, ce qui est dangereux et fou. C’est comme de donner le volant d’une voiture au pire singe blessé. Gao n’est qu’un leurre. L’attention ne se porte pas, elle se reçoit. On croit qu’on dirige l’attention alors qu’on ne fait qu’adapter les discours et récits internes que l’on se fait. On ne dirige pas l’attention, on dirige nos discours qui ne servent à rien. L’attention projetée, c’est juste un canard qui parle et qu’on essaie de dresser. Gao ahe lapalapa.

L’autre mot pour dire attention, c’est gau (esprit-tiré). L’attention comme un appel du monde, l’esprit attiré. Il y a un amour de l’esprit pour le monde qui fait qu’il est attiré par un détail, une singularité, quelque chose de particulier. Gau c’est chaque fois comme un coup de foudre, tomber amoureux.se (auhu).

Il y a donc deux formes d’attention, celle que l’on croit diriger (gao) et celle qui nous appelle (gau). Avec gao on essaye d’orienter la grande énergie psychique de soi vers ce qu’il faut, la chose décidée comme importante. On est dans le temps causal (kulei).

Par contre gau, c’est une voix douce qui nous ramène au moment présent, à l’expérience reçue, à la souplesse du soi transformé par le monde, gupi.

Danser une journée, c’est avoir l’humilité d’écouter le chant des détails.

Tout est là. Il y a beaucoup à dire sur ce qui permet l’humilité pour cette danse et ça fera l’objet d’un prochain article mais ici, j’aimerais m’attarder sur ce que j’entends par “détail”.

Le détail est petit. Dans le sens qu’il est difficile à percevoir. Mais c’est une relation subjective. Ce qui semble être un détail pour une personne peut être perçu comme une montagne pour une autre.

Le détail qui attire notre conscience, c’en est la frontière. Le “petit” détail semble lointain parce que la conscience n’y est pas encore installée. Il y a donc un paradoxe entre une chose qui nous attire mais qui semble sans importance. On grandit par le détail. On aime par le détail et plus on se laisse appeler par l’insignifiant, plus on sort du “signifiant”, notre connu, notre espace maîtrisé, organisé.

Et le détail rend la vie incroyablement belle. Ramasser un lego en passant, laver un verre qui le demande, rien que ces petites choses-là transforment une journée ordinaire en une danse féérique. C’est comme se souvenir bienveillant.e.s avec le monde, avoir envie d’y poser les doigts.

Il y a une joie et une facilité à vivre lorsque nous nous laissons promener par gau: on touche alors à la dévotion.

La seule difficulté, c’est que ce qui tire l’esprit, c’est gu, le sombre, la vie, la transformation, l’étrange, l’inconnu. Du coup toutes nos luttes pour accepter de vivre se retrouvent dans notre relation aux “détails”. On procrastine et on se met en travers de l’amour qui appelle nos mains et nos cœurs.

Je suis stressé et je me dis que j’ai tellement à faire que les “détails” qui m’appellent, il faut que je les écartent parce que “je n’ai pas le temps” et qu’il y a des choses “plus importantes” à faire. Je veux être l’ordinateur de mes tâches… mais ça foire complètement.

Le seul moyen de me laisser guider par gau, c’est de croire que j’ai beaucoup de temps, un temps infini. Quand je me levais très tôt le matin pour faire de la musique, j’avais ce sentiment d’espace libre et je pouvais me laisser porter. Je n’avais pas plus de temps sur la journée, j’avais juste du temps dans un moment (la fin de nuit) sans conditionnement au temps causal. Je ne voyais pas mes actions dans ce moment de la journée comme devant être “productives”. C’était du temps “gratuit” et du coup adapté aux “détails” quels qu’ils soient, ce qui me rendait très… productif paradoxalement.

C’est au nom de l’amour des détails que l’on revient au temps infini (gulei).

Et c’est par le choix de se poser dans le temps infini que l’on exprime notre amour des détails.

Cette posture, c’est dire oui, exprimer la gratitude, la confiance. C’est la dévotion, aimer tout, jusque dans les détails.

Aupa !

❤️

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Entrepreneure, musicienne, codeuse, détails sur lilybucher.com

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