L’idiotie d’un père face à sa fille…

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Au temps d’avant le temps, de l’époque d’avant l’avant, Shiva méditait dans son bout de forêt et ne s’occupait pas de ses tâches dans le monde. Brahma et Vishnu, acolytes de tous les délits et de toutes les histoires vinrent supplier la Grande Déesse Shakti d’accepter de s’incarner en femme pour séduire Shiva et le remettre en mouvement. Shakti voyant que les dieux et les hommes commençaient à traiter les femmes comme leurs possession, émit quelques doutes sur le projet et finit par mettre des conditions à son incarnation sur terre. Elle demanda que Daksha, un dieu des éléments un peu quelconque qui aurait l’honneur d’être son père, bref, elle demanda qu’il la vénère comme la Grande Déesse et qu’il n’oublie jamais qui elle est (ce qui n’est en somme pas trop demander).

Toutes cette petite clique de dieux masculins désespérés s’empressèrent de dire oui à la Grande Déesse qui du coup prit naissance comme la fille de Daksha, une fille nommée Sati.

Devenue pubère, belle forcément et tellement envoûtante avec son pouvoir de donner l’extase, elle n’eut aucun mal à convaincre le dieu des voleurs et des yogis, Shiva de l’épouser. Mais ce n’est pas parce qu’il a épousé la Déesse reine de l’extase que monsieur le sauvage voulu vivre sous un toit ou dans une demeure (où l’on demeure). C’est donc dans les bois, auprès des rivières, les fesses côtoyant les mousses et les insectes, la tête dans les abeilles et la chevelure au vent que nos deux amants firent l’amour pour quelques milliers de millénaires au moins.

D’extases en extases, de caresses en retrouvailles, d’oublis en souvenirs déroulés sur le temps et posés en eux-mêmes, le temps passa. Et Daksha, le père qu’on avait oublié, réussit à prendre du grand au sein de sa boîte, la pyramide insignifiante des dieux en hierarchies de soumis. Devenu grand truc du bidule il décida de créer un grand feu cosmique qui serait la marque à venir de l’orthodoxie religieuse: après avoir passé beaucoup de temps dans son open-space il savait enfin ce qui était juste et il allait exposer tout ça avec une belle présentation au point puissant, autre nom donné au grand megaphone calorifique, beamer ou yajña.

Aveuglé par sa propre importance, le dieu enflé de son vide invita tout le petit monde de la scène divine, y-compris les serpents underground et autres festivaliers à demi nus. Il invita les grands, les petits mais oublia deux invités de taille: sa fille Sati et son gendre Shiva, gendre qu’il n’aimait pas trop à cause de ses tendances libertaires et sa fille qu’il oublia simplement en même temps que la promesse qu’il avait faite de toujours reconnaître en elle la Grande Déesse. Notre idiot de père donc, organise sa boum cosmique avec les boules disco, quelques DJ en vogue et son meilleur costume de Claude François.

La soirée va bon train, tout le monde essaye d’avoir l’air cool sans trop y arriver lorsqu’arrive Sati en colère qui regarde ce petit monde dans les yeux et leur fait comprendre qu’ils ne la méritent pas et d’un coup de feu sacré se calcine sur place et retourne vaquer à ses occupations de Déesse loin du monde.

Sa bien-aimée, unique compagne de ses extases d’amour et de sexe soudain carbonisée, il va sans dire que Shiva trouve tout ceci moyennement drôle et il arrache la prise de la sono et met fin à la fête. Pas de Déesse, pas de musique. Certains disent qu’il coupa quelques têtes en arrachant les guirlandes.

Prenant son aimée décédée dans ses grands bras de fou au cœur tendre, Shiva s’en va de par le monde pour exprimer sa peine. Partout où il va, les volcans crachent, les terres tremblent, les forêts prennent feu et les tsunamis tsunamisent la population. Inquiets et soucieux de réparer ce chaos cosmique, Brahma ou son pote Vishnu demandent à Saturne, le grand vagabond, d’agir vite. Roulant des mécaniques, ce dernier découpe le corps mort de Sati en petits morceaux qui finissent cachés partout. Dans un caillou, au cœur d’un village, sous un arbre, dans une feuille, dans la lumière d’un nuage.

Et c’est pour cette raison qu’en regardant n’importe où, on peut tomber en extase tout soudain parce qu’on aura touché à un petit morceau du corps merveilleux de la Grande Déesse, mère de toutes les formes, de la physique au chant des oiseaux.

PS: Cet article est en lien avec le projet d’étude Shakti si vous voulez rêver le féminin sacré avec nous...

PPS: Se faire “Sati” est une expression liée à une pratique en Inde où les femmes veuves étaient encouragées à se jeter dans le feu crématoire de leur mari défunt. C’est une tradition liée à une réécriture machiste et débile de ce mythe par Daksha et consorts où Sita s’immole parce qu’on a offensé son Jules. Merci à Raja Ram Mohan Roy qui a lutté contre cette pratique dans l’Inde moderne et merci à Sally Kempton pour son récit du mythe originel.

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Entrepreneure, musicienne, codeuse, détails sur lilybucher.com

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