Jésus, le Diable et l’amour

Pourquoi Jésus est mort d’avoir refusé la tentation du Diable.

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Ary Scheffer — Tentation du Christ, Louvres

Jésus, c’est l’incarnation, la rencontre de la matière et du vivant. Le symbole de la croix avec Jésus au milieu, c’est la rencontre de la transcendance, du mouvement de l’esprit (vers le haut et le bas) avec l’immanence, la matière, la loi physique (la vasteté infinie des possibles articulés). C’est pourquoi “accueillir Jésus en soi”, c’est se reconnaître incarné, vivant, la rencontre de la loi inerte et du mouvement sans forme.

Mais Jésus n’est pas n’importe quel vivant, il n’est pas une plante ni un oiseau, c’est un mammifère, un humain. Et contrairement à une plante (pour autant que je sache), l’humain peut être tenté, par la vie ou la mort, par le mouvement ou l’immobilité, par l’exploration ou le confort.

La tentation du Diable, c’est la tentation d’Aimer, de vivre en homme. Aimer le pain, aimer soi-même pour devenir Dieu, s’incliner devant la vie, le Diable, pour recevoir tout de celle-ci. Lorsque le Diable vient à Jésus qui est en plein dans son trip avec sa spiritualité éthérée dans le désert (Spiriwood), il lui rappelle la vie, ses joies, ses peines, son mouvement. Le Diable c’est l’Amour au sens le plus profond de changement et de transformation. C’est ce qui nous permet d’éclore différents, nouveaux. Mais Jésus préfère ses absolus, son contrôle, sa droiture, sa morale. La morale de Jésus, c’est ce qui le rend déjà à moitié mort, c’est ce qui va finir par le tuer vraiment. Cette morale n’est qu’une peur déguisée face à l’immensité du vivant. Jésus représente l’homme “spirituel” qui n’aime pas ce monde-ci mais attend le prochain, celui qui refuse les cadeaux de l’Amour pour ceux de l’Esprit.

Refuser l’Amour c’est refuser le mouvement, le changement: c’est mourir. D’abord un peu puis définitivement. On célèbre la mort de Jésus parce qu’on est malades de notre haine du monde. On célèbre son regard tourné vers son Père pour ne pas comprendre qu’il est l’incarnation d’une mère de chair (Marie). On se raconte qu’il n’est pas le fruit d’un homme, d’un désir, d’une jouissance pour en faire une pure construction d’Esprit, un être déjà plus là.

Jésus passe sa vie à donner des leçons. Mais les leçons qu’il donne ne sont que des distractions pour ne pas entendre les vraies leçons de la vie, celles qui viennent de ce que le Diable nous fait faire, celles qui se manifestent dans nos viscères, au cœur de notre corps, par nos émotions. Les leçons de Jésus sont simples, tout comme celles de toutes les voies “droites” de l’exploration de la vie. Mais le chemin “gauche”, celui du Diable-Amour, celui où l’on reçoit sans cesse le cadeau d’être, le cadeau d’être ému, mis en mouvement, torturé, détruit, renaquis, celui-ci est compliqué, engendre le doute et une forme de terreur. Il faut une confiance énorme pour s’aventurer dans ce chaos et se laisser traverser par les émotions qui s’y trouvent. Il faut quelque chose pour ne pas chavirer.

Et du coup, les leçons de Jésus ne sont pas dépourvues de saveur: bien comprises, elles créent de la stabilité sans laquelle notre vie ne serait qu’un chaos émotionnel. La discipline des leçons de la voie “droite” sert à tenir le choc de la puissance de l’Amour de la voie “gauche”, ce mouvement immense de la tendresse, cet océan.

Alors n’oublions pas la mer lorsque nous bâtissons un bateau.

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Entrepreneure, musicienne, codeuse, détails sur lilybucher.com

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