La beauté d’aimer tout, même le passé…

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terreur sacrée, par salviadroid

Dans la langue des oiseaux, on dit parfois “pas r’donner” dans l’idée que lorsqu’on pardonne, on brise une chaîne, on libère les autres, on ne redonne pas la violence, la douleur, l’abus, etc.

Mais cette vision implique qu’il y a des choses à ne pas redonner, qu’il existe du “mal”. Ça implique l’idée d’un temps causal (kulei).

Non, le pardon pahau c’est presque comme la gratitude aupa, simplement avec un regard sur le passé. Là où la gratitude c’est une forme d’émerveillement face au présent, le pardon c’est la même chose face au passé: enfin tout recevoir et se sentir aimé.e.s et porté.e.s par ce qui nous a touché.e.s. Aussi comprendre que ce qu’on a fait, tous nos gestes adroits et maladroits, c’était toujours un amour, une mise en mouvement, un éclair.

Il ne s’agit donc pas de ne pas redonner mais bien d’enfin recevoir.

Ce lien entre gratitude et pardon n’est pas facile si on reste dans la pensée causale qui implique toujours une faute et où “pardonner”, c’est effacer une dette. Mais il n’y a pas de dettes, toute la vie et toutes nos interactions sont des dons d’amour, une danse, une joie. On est comme au théâtre à jouer les drames et puis on prend un verre après la représentation et on se dit “dingue comme c’était fort” et “j’ai adoré comme tu as joué la colère, qu’est-ce que j’ai eu peur”. Le pardon, c’est ce qu’on se dit après la représentation, notre fierté d’avoir bien joué, d’avoir fait vibrer des émotions fortes, d’avoir un peu illuminé l’espace. C’est la gratitude pour ce chemin ensemble.

L’idée des dettes créé un attachement qui peut nous placer dans une situation agréable de victime (kuoda). Sortir de cet état pour soi-même n’est pas facile mais reconnaître la spirale infernale que ça engendre ailleurs est aisé: il suffit de regarder les conflits armés. L’agresseur se voit toujours comme une victime et c’est ce qui justifie ses actes. Il y a donc un intérêt à voir le monde sous l’angle des dettes et des justifications, comme un passe-droit pour se battre.

Arrivé.e.s à l’endroit où on se sent belles et beaux, vivant.e.s, singulièr.e.s, on réalise avec une envie de rire que là où on croyait que les autres nous avaient blessé.e.s, on voit qu’ils nous ont émerveillé.e.s, illuminé.e.s, transformé.e.s. Mais pour ça, il faut réaliser que ce n’est pas nos “blessures” qui nous rendent uniques mais bien ce que notre cœur en fait et ce que ça a bougé en nous.

Lorsqu’on se retrouve à danser nos propres pas, alors on commence à apprécier la musique que les autres n’ont jamais cessé de jouer pour nous*.

Aupa !

❤️

* Je me demande si un jour ma langue permettra des phrases aussi compliquées au niveau des conjugaisons… 😳

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