Désastre écologique et immortalité

Et si la catastrophe imminente n’était pas la disparition de la biodiversité mais de la vie elle-même sur cette planète ?

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Les jours et les fleurs vont et viennent

Ce texte est une réflection sur le monde d’après, celui qui viendra quand on aura réussi ou échoué notre “transition écologique”. On focalise sur la préservation de la bio-diversité, des “zones humides”, la préservation des habitats d’animaux et de peuples, de cultures de plantes et d’idées. On s’inquiète d’une catastrophe écologique qui anéantirait cette magnifique diversité de vies.

J’aime profondément cette chose folle qu’est la vie, ce rêve que représente l’humain au contact de ce monde mais parfois je me dis que le “suicide” écologique en cours, c’est peut-être l’événement qui sauvera cette planète. Je me pose parfois la question: et si le cauchemar écologique n’était que la bouée de sauvetage d’une planète en proie à une humanité folle ? Et si la catastrophe, ce n’est pas les guerres, les destructions, les pollutions et la misère immense qu’apporterait un désastre écologique mais la survie d’une humanité qui rêve d’immortalité ?

Souvent, là où je lève le regard, je vois des systèmes, des gens, des clans et des fractions qui luttent pour la préservation d’eux-mêmes, imbus de leurs “droits” sans aucune humilité, sentiment de sacré ou respect pour ce qui a été reçu. Et j’avoue que ça m’effraie.

Là où le crime contre le climat est un crime contre des formes de vie, le crime de l’immortalité, du “moi jusqu’au bout et adieu les autre”, ceci est un crime contre la vie elle-même, contre le rythme de vie et de mort, d’une place reçue et d’une place rendue.

Nous avons aujourd’hui une société technologique qui travaille d’arrache-pied, non pas à se calmer et pour préserver la biodiversité, mais pour inventer encore plus de systèmes de contrôles que se soit du climat, des gens, de la météo ou de la maladie et de la mort. Nous avons tellement désacralisé la vie, tellement perdu le respect pour ce mystère que ne ne voyons même plus l’insulte immense que nous faisons à cette respiration en voulant lui bloquer le souffle, l’arrêter sur nos conforts et nos vies.

En somme, il y a la haine de tout ce qui est sauvage que nous avons commencée il y a très longtemps lorsque nous avons tué toutes les espèces plus fortes et plus imposantes que nous (article ici, destruction commencée il y a 90'000 ans), puis lorsque nous avons détruit toutes les cultures “autres” et ensuite lorsque nous avons dévasté toutes les régions inhabitées. Cette haine-là, nous cherchons à y mettre un frein aujourd’hui mais il me semble que nous sommes un peu aveugles à cette autre detestation qui est celle de la vie elle-même...

Nous sommes des singes destructeurs par notre peur de la mort. Nous cherchons le contrôle, nous tuons, nous asservissons pour maîtriser le cours des choses et ainsi nous préserver de la mort. Et aujourd’hui, nous avons les moyens d’aller encore plus loin. Nous allons peut-être parvenir à repousser la dernière frontière effrayante: la mort par vieillesse.

Après avoir détesté les autres animaux, les autres humains et tout ce qui pouvait nous menacer, nous détestons nos propres enfants en cherchant à ne plus jamais céder notre place.

Face à cette horreur technocratique que représente l’immortalité et la fin des enfants, j’avoue que l’extinction de l’humanité représenterait au moins une chance pour cette planète d’héberger une race de singes, de poissons ou de papillons plus dignes que nous de recevoir le cadeau de conscience.

Et quand je vois comment notre monde vieillissant manque d’émerveillement et de tendresse pour une jeune fille qui n’a pas peur d’aimer autre chose qu’elle-même, je me réjouis presque d’une fin que j’espère cataclysmique.

J’aimerais qu’on arrête de se prendre pour des dieux alors que nous ne sommes même pas capables de voir la beauté qu’il y a de venir au monde en visiteurs et non en conquérants.

Et il est évident que l’on peut prendre mon argument et le retourner en imaginant que l’espèce qui prendrait notre place soit pire pour cette planète que nous le sommes. Mon argument n’est donc pas qu’il faut être pour ou contre le dérèglement climatique et l’extinction de l’humanité, mais que si nous voulons nous montrer dignes du cadeau de vie que nous avons reçu, il est peut-être précieux d’ouvrir les yeux sur ce mystère et de l’honorer un peu.

Aujourd’hui, juste là, je crois que ça passe par un peu plus de tendresse et d’amour pour une jeunesse qui n’a pas encore oublié que du fond d’un mystère insondable, elle a eu un jour envie de visiter ce monde.

En somme, lorsque nous argumentons sur l’“imperfection” d’une Greta, nous occultons le rappel du merveilleux qu’elle brandit, le rappel qu’il y a un monde auquel on vient et qu’il ne faut pas oublier de céder aux suivant.e.s.

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